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05  06  2009

Festival de Cannes

De retour de Cannes, Suleiman, Nassim, Riad et les autres...

A Cannes, on a beau espérer se laisser envelopper par la douce chaleur des salles obscures pour oublier ne serait-ce qu'une dizaine de jours la déprime de l'actualité politique, on a beau faire, le cafard ambiant resurgit à travers les porosités du septième art, décidément jamais hermétique. Déjà, la taxiste qui nous a conduits de l'aéroport de Nice à Cannes a assombri, sans le vouloir, la perspective: «je n'ai jamais vu ça, nous-dit elle, le nombre de festivaliers est réduit de moitié cette année, on dirait pas le festival. Je n'ai pas fait cinq clients, pour la première fois les hôtels ne sont pas surbookés». Elle était sympathique, la dame du taxi, causeuse à souhait, affable et rigoleuse mais elle n'a pas réprimé au détour de la conversation une réflexion malheureuse «Ah ! ils sont sales, là-bas, vous savez !» nous lance-t-elle à propos des Mexicains dont on aurait craint qu'ils apportent la grippe porcine jusqu'à la Croisette. Pour éviter le pire (ça commence par la saleté mais on ne sait pas jusqu'où ça peut aller) nous avons ramené la conversation à des sujets plus neutres. Quoi de mieux que la météo ?
- «ah vous savez, il va pleuvoir sûrement».
 «mais pourquoi donc Madame?»
 «c'est comme ça, c'est le festival»
Ne me demandez pas quel lien de cause à effet il y aurait entre le festival et la pluie, vous pensez bien que je me suis vainement trituré la cervelle pour en trouve un. Le plus beau c'est qu'elle a eu raison, la dame du taxi. Le lendemain, ceux qui n'ont pas apporté leur parapluie avec eux (dont votre serviteur) étaient trempés comme des poules. Les discrètes larmes arrachées par la très belle romance de John Keats et Fanny Brawn, merveilleusement racontée par Jane Campion (Bright star), et les reniflements d'émotion que cette idylle savamment mise en scène aurait provoqués ont été escamotées par les multiples éternuements.

Tout cela n'est pas bien grave. Il est vrai qu'en allant vers la salle ou en en sortant, on était bien obligé de traverser la rue. Bien entendu, en descendant tous les matins des hauteurs du Prado, je devais passer avec mes amis italiens devant les cafés situés autour de la place du marché près de la gare où, avant huit heures, ils étaient déjà là ces Arabes, manifestement au chômage, pour la plupart des Tunisiens d'ailleurs. Bien sûr, en traversant le tunnel sous les rails, je ne pouvais pas m'empêcher de sentir l'odeur du vomi, les traces des clochards dont certains traînaient déjà ou encore, comme des fantômes. Mais enfin, tout cela ne durait qu'une vingtaine de minutes. Une fois à l'intérieur du palais, j'étais entouré de belles hôtesses, jeunes, souriantes et prêtes à me rendre service ; comme je pouvais voir, au moins deux fois par jour et de bien près les Pénélope Cruz, les Monica Bellucci, les Brad Pitt et autres Johnny Halliday qui passaient devant l'espace Orange, la salle de rédaction réservée aux journalistes munis d'ordinateurs portables. Mais enfin, le soir, à minuit au sortir de la salle, dans les rues environnant le Palais, ne voyais-je pas toutes sortes de belles filles en mini jupes, en bien plus mini que ça parfois, accompagnées de beaux garçons se trainant à pied ou dans de jolies voitures décapotables, tous aussi mignons les uns que les autres?

Ce n'est pas cela qui m'a frappé, ce ne sont ni les zones d'ombre comme on dit ici (je commence à m'y faire, quelle tristesse !) visibles quand vous habitez un peu loin de la Croisette, ni le glamour dont raffolent les photographes (ils nous mènent la vie dure ceux-là par leurs cris à chaque fois qu'ils voient passer une star), ce qui m'a frappé cette année, c'est la façon dont le cinéma fait retour, via l'imaginaire, sur le réel, mon réel.

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Tahar Chikhaoui - BabelMed.net