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15  07  2008

Entretien avec Abdelhak Sakhi, Responsable de la Production au Centre Cinématographique Marocain (CCM)

Maroc: les coproductions atteignent 43% de la production totale

Euromed: Depuis quelques années, la production cinématographique au Maroc connaît un développement remarquable. Quelles en sont les raisons?

Abdelhak Sakhi: Après près de 50 ans, le cinéma marocain montre aujourd'hui des signes d'une certaine maturité, tant en matière de développement que d'échanges culturels, d'autant plus qu'il bénéficie du soutien du fonds national de production cinématographique, dont les ressources sont passées d'1 million d'euros en 2003 à 5,5 millions d'euros en 2006.

En 2007, 6 films sur les 10 meilleures sorties au Maroc étaient des films locaux. Pas même des coproductions mais bien des films faits au Maroc. Il s'agit ici d'un changement crucial, particulièrement vis-à-vis des films américains. 2 films marocains étaient en tête du box-office, suivis de deux films américains, qui à leur tour étaient suivis de quatre autres films marocains. A la neuvième position se trouvait un film français. Les chiffres parlent d'eux-mêmes et prouvent un véritable regain d'intérêt de la part du public marocain pour les films locaux.

Euromed: Les films sont-ils de meilleure qualité ou bien en produisez-vous en plus grande quantité?

Abdelhak Sakhi: Les deux. Entre 2003 et 2007, 53 films locaux ont été produits. Durant les 5 dernières années, la production de films est passée de 8 à 15 films par an. Mais la qualité s'est également améliorée. Le CCM s'est doté d'un laboratoire dernier cri, ainsi, les réalisateurs marocains n'ont plus besoin de partir à l'étranger et la post-production peut-être faîte localement. Le professionnalisme est un facteur supplémentaire. Le Maroc possède presque 1400 professionnels accrédités au secteur, pour ne pas mentionner ceux qui y travaillent de façon officieuse.

Euromed: Mais de nombreux traités de coproduction ont été signés avec des pays étrangers. Pouvez-vous nous donner des chiffres concernant les coproductions réalisées?

Abdelhak Sakhi: Bien sûr. Entre 1958 et 2007, 46 films sur 181 étaient coproduits. La coproduction représentait donc un total de 25% des films. Mais entre 2003 et 2007, sur 53 longs métrages produits, 23 étaient des coproductions, faisant un total de 43% de la production.

Euromed: Ces coproductions étaient réalisées avec quels pays en particulier?

Abdelhak Sakhi: Tout d'abord, 9 films ont été réalisés avec la France, suivis par la Tunisie avec 5 films, le Mali avec 2 films et enfin l'Algérie, l'Egypte, le Sénégal, le Tchad, la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne et le Canada avec un film chacun.

Des 23 coproductions, 11 ont été réalisées en postproduction – ce qui représente 52%. Ces chiffres parlent en terme de volume car ils montrent que les coproducteurs sont attirés à la fois par le paysage naturel et artificiel du Maroc, le professionnalisme de ses techniciens et l'infrastructure cinématographique que le Maroc a à offrir. Pour toutes ces raisons, divers pays et en particulier l'Afrique, s'adressent au CCM en vue de trouver de l'aide pour coproduire leurs films au Maroc.

Euromed: Certaines coproductions ont connu de véritables succès.

Abdelhak Sakhi: Oui, par exemple, Where are you going Moshe?, coproduit avec le Canada, et What a Wonderful World, coproduit avec le Canada et l'Allemagne. Ces films ont participé à de nombreux festivals et – grâce à Euromed Cinemas, un des projets financé par le Programme Euromed – ont été projetés aussi bien en Europe que dans les pays arabes.

Euromed: Quels sont les aspects positifs de la coproduction?

Abdelhak Sakhi: Il en existe plusieurs. Tout d'abord, elles vous donnent accès aux avantages et au soutien financier disponibles aux productions locales. Elles vous permettent de chercher d'autres contributions financières publiques ou privées au sein des pays coproducteurs en vue de réunir les fonds nécessaires à la production cinématographique qui augmente sans cesse. Enfin, le fait que le film soit une coproduction renforce les perspectives de distribution à l'étranger.

Euromed: Mais y a t'il également des inconvénients?

Abdelhak Sakhi: Oui. Par exemple, lorsque les coproductions participent à des événements culturels, ils participent avec la nationalité du pays coproducteur majoritaire comme il l'est stipulé dans le traité de coproduction.