interviews

Yamina Bachir Chouikh

L'opposition à l'Islam radical

Une jeune maîtresse est arrêtée dans la rue par un groupe de terroristes. Ils veulent lui donner un paquet explosif à déposer et faire exploser dans son école. Nous sommes à Alger et la cruelle bataille entre fondamentalistes islamiques et gouvernement laic. La population paie pour tous.
La maîtresse refuse de prendre l’engin et les jeunes, des anciens élèves, lui tirent dessus. Maintenant l’histoire prend deux directions: 1) la maîtresse tombe au sol et aussitôt après la bombe explose en la tuant; 2) la bombe est désinnesquée, la maîtresse reçoit des secours immédiats et se sauve. C’est la différence entre la réalité et le cinéma. C’est, enfin, la différence entre ce qui se passe un matin à Alger et ce que la débuttante cinéaste algérienne Yamina Bachir Chouikh a décidé de raconter dans son film Rachida.

Une histoire tragique même si pleine d’espoir. Au désespoir et à la peur s’opposent la force morale de femmes courageuses qui ne baissent pas la tête. Et puis il y a les enfants qu représentent le futur d’un pays qui cette année seulement semble avoir dépassé la terrible vague de terreur.

Comment a été accueilli le film en Algérie?
«La pellicule a reçu un bon accueil. Beaucoup de salles qui étaient restées fermées pendant 15 ans ont re-ouvert pour l’occasion. Des familles entières se sont rendues au cinéma pour voir Rachida. C’est le signal que la population est intéressée et réagit à certains arguments. La plupart des femmes algériennes ressemblent à l’interprète principale: elles ont le même courage et engagement. Malheureusement l’horreur du terrorisme transforme les vicitmes en simples statistiques. A’ travers la narration des aventures de Racida et des gens qui l’entourent, j’ai essayé de porter à la lumière la réalité quotidienne des algériens, en particulier des victimes du terrorisme».

Avec quels problèmes vous êtes vous confrontée pour réaliser ce film?
«En Algérie le vrai obstacle est de nature économique. Dans mon pays il n’existe pas la censure, donc les difficultés sont concentrées dans la recherche de financements. Initialement j’ai proposé mon projet au Ministère de la Culture et de la Communication. La réponse a été positive. C’est pourquoi j’ai commencé à écrire le scénario et les dialogues. Quand il s’agit de demander de l’argent, au Ministère on m’a fait savoir que leur appui était de type ‘culturel’. Il n’y avait pas d’argent pour financer le film. A ce moment j’ai réussi à trouver le soutien d’ARTE et d’autres institutions cinématographiques françaises. En France il existe des financements qui privilégient les œuvres réalisées par les pays méditerranéens. En plus j’ai bénéficié du fait qu’il s’agissait d’un premier film. De cette façon j’ai réussi à porter à terme le travail en utilisant aussi la collaboration de mes amis. Le casting est composé de nombreux acteurs non professionnels et je me suis chargée de son montage».

Et pour le futur?
«J’espère pouvoir faire des films plus légers. La réalité actuelle me pousse, malgré tout, à réaliser des œuvres de dénonciation sociale. Malgré le pacte de concorde imposé à la population, l’Algérie est un pays qui vit encore de profondes contradictions. Nous sommes loin de la solution définitive des problèmes et la guerre actuelle en Irak n’aide certainement pas le maintien d’un équilibre politique, encore bien instable».

Camillo De Marco