interviews

Ahmed El AttarAhmed El Attar

« Un conseil »

Ahmed El Attar, metteur en scène, traducteur et auteur dramatique indépendant réside en partie à Paris et travaille au Moyen Orient. Il est le fondateur et directeur artistique de la compagnie théâtrale indépendante du Temple en Egypte. Il est par ailleurs, détenteur d’une maitrise en théâtre de l’université du Caire et d’un DESS en gestion culturelle et artistique de l’université de Paris III Sorbonne Nouvelle.
‘Maman je veux gagner des millions’ est son dixième spectacle. Ses deux spectacles précédents sont ‘La vie est belle ou en attendant mon oncle d’Amérique’ et ‘Sur le chemin de nulle part, un voyage Cairote pour les touristes et les amoureux’, qui a aussi écrit et produit, ont été présentés en Egypte, Jordanie, Liban, Portugal, Allemagne et en Suède.
Ahmed El attar est aussi un opérateur culturel, conçevant, organisant, et produisant des stages de formation dirigés par des artistes européens et visant des jeunes artistes indépendants du Moyen Orient.
Ahmed El Attar oeuvre dans des domaines artistiques differents comme l’éclairage théâtral, la bande dessinée, et la musique électronique. Il est membre de l’advisory board de l’association Arteast à New York, expert auprès du fond Roberto Cimetta à Bruxelles et Président du Forum Euro-Méditerranéen des cultures à Paris (FEMEC). El Attar ouvrira le premier lieu de répétitions consacrer aux artistes independants dans le domaine du spectacle vivant et des arts visiuels, un projet qu’il prepare depuis deux ans.

Un bar sombre qui ressemble à une grande cave. Les petites bougies allumées sur chaque table représentent les seules sources de lumière. Au fond, presque dans le noir, on distingue à peine le bar. Devant le bar, en deuxième plan, trois tables. La première est occupée par deux hommes, la deuxième est occupée par une femme et deux hommes et la troisième est vide.

En premier plan, une table avec un homme assis de profil. Fin de la trentaine, calme, brun, de type Européen, habillé en jeans et chemise d’été, plutôt décontracté. Surgit de la partie sombre où se trouve le bar, un homme, début de la trentaine au teint mat, habillé d’une veste bleue en lin, d’un jean Calvin Klein et d’un T-shirt blanc. Deux bières à la main, il s’assoit et donne une bière à l’homme assis de profil en lui disant :


- Je n’arrive pas à croire qu’elle soit partie vers l’Est ?

- Mais qu’est ce que ça peut te foutre qu’elle aille vers l’est, l’ouest ou vers Jupiter même ? Tu vas arrêter un peu de te mêler de ses affaires?

(Silence, chacun prend une gorgée de bière)

- T’attend toujours qu’elle tombe amoureuse de toi ?

(Il ne répond pas et continue à boire)

- Quand est ce que tu vas apprendre qu’ici ce n’est pas comme ta ville ? Peu importe la taille de ta ville ou les prestigieux noms qu’elle porte, Paris de l’Orient, la Princesse de la Méditerranée, peu importe le nombre d’histoire gravées sur les murs de ses ruelles âgées des milliers d’année, elle ne ressemblera pas à nos villes. Tes villes / villages, où les gens se connaissent se parlent et se rencontrent par hasard dans des rues, où des centaines de milliers de personnes passent chaque jour sous une chaleur étouffante, n’ont rien à voir avec nos villes. Tes fortes émotions de joies et de peine, que tu exprimes sans réflexions ni conscience de ton entourage, à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, n’ont pas leurs places ici.

Quand est ce que tu vas apprendre, que contrairement aux décennies précédentes, ce n’est plus la couleur de ta peau ni celle de tes cheveux qui te porte préjudice, aujourd’hui c’est plutôt ton existence même qui te porte préjudice.

Alors arrête de me parler de l’Europe et de la direction qu’elle a choisi de prendre et ne commence surtout pas avec tes théories sur l’origine de la culture contemporaine occidentale et les liens culturels tisser à travers des siècles entre le nord et le sud de la Méditerranée. Personne ne te croira. Comment veut-tu que quelqu’un puisse croire que tes ancêtres mécréants, fils de Mohamed le Bédouin du désert, ont redécouvert et traduit l’héritage Grecque, l’origine même de la fierté de l’Europe, pourtant interdit d’accès pendant des siècles au sein même du continent qui porte le nom de la ravissante jeune femme que Zeus a séduit en Taureau blanc aux cornes dorées.

Que le travail de tes ancêtres dans les différents domaines de la connaissance a été le puit dans lequel leurs collègues Européens ont puisé pour construire la base qui est à l’origine du savoir actuel, regroupant pas seulement le savoir des Grecques mais aussi celui des Indiens et des Chinois pourtant loin de nous. Et que tous cela a été transmis tout naturellement dans ce bassin Méditerranéen qui ressemble à la baignoire où ton fils joue tous les soirs à l’heure du bain avec ces jouets en plastique fabriqués en chine. Personne ne te croira.

Il suffit de te regarder, soucieux et incertain, agressif et aigri, fier et dangereux, pour comprendre que ce n’est pas vrai. Il suffit d’aller dans ta ville qui n’est autre qu’une définition vivante du Chaos et de la misère pour comprendre que ce n’est pas vrai. Il suffit de lire les statistiques économiques et sociales et les analyses des régimes politiques en place depuis l’éternité, et qui ne changent que par une intervention Divine ou Américaine, pour comprendre que les histoires que tu racontes ne sont inscrites nul part ailleurs que dans ta tête. Ta tête lourde des milles et une histoires, des milles et une excuses, des milles et une explications ... de ton existence.

Alors, voilà l’Europe a choisi et son choix ne t’a pas inclus. Et malgré ton intelligence instinctive, ton héritage culturel et ton métissage intellectuel, tu n’a rien vu venir. Tu croyais que d’un jour à l’autre tu aurais une valeur aux yeux de la belle Europe ? Elle qui t’a tellement utilisé, traîné derrière elle et souvent maltraité telle une garce qui ne pense qu’à son plaisir au depant des hommes qu’elle croise. Tu croyais vraiment qu’elle allait t’aimer un jour ?

Tu n’a jamais fais partie de son choix et tu ne le seras jamais. Pour elle tu n’es qu’un des moyens d’atteindre ses rêves et ses envies, qui coûtent parfois très cher. Et quand un soir elle sera toute seule, faute d’amant disponible, elle t’appellera, peut être. Et tu te sentiras, pour quelques secondes, comme si c’était toi qu’elle avait choisi. Mais quelques minutes plus tard, le vide à l’autre bout de fil, te rappellera que tu t’es trompé encore une fois.

Elle partira et elle te laissera tout seul avec tes histoires à attendre son prochain coup de fil, qui peut être n’arrivera jamais.

Un conseil, arrête de l’aimer, elle n’est pas pour toi cette Europe.